Un soir de printemps dans un village de la région de Poltava, la mémoire collective ukrainienne prend son sens le plus concret : une grand-mère joue de la sopilka sur le seuil de sa maison, pendant que son petit-fils s’essaie aux premières notes de la bandoura. À quelques rues de là, un groupe d’adultes prépare les tsymbaly pour la fête de Zeleni Sviata (Pentecôte verte). Ces instruments, transmis de génération en génération, ne sont pas seulement des objets sonores : ils sont des vecteurs d’identité, de mémoire et de résistance culturelle.

L’Ukraine possède l’un des patrimoines instrumentaux les plus riches d’Europe orientale. Des Carpates aux steppes du Dniepr, des côtes de la mer Noire aux marécages de Polésie, chaque région a développé ses propres instruments, ses propres techniques de jeu et ses propres répertoires. Ce guide encyclopédique présente six instruments fondamentaux — bandoura, kobza, trembita, tsymbaly, lira korbowa et sopilka — dans leur histoire, leur lutherie et leur place dans la vie rituelle et quotidienne.

La musique traditionnelle ukrainienne couvre un territoire considérable, depuis les polyphonies des Carpates jusqu’aux dumy épiques cosaques. Les instruments décrits ici en sont les vecteurs principaux.

La bandoura : âme musicale de l’Ukraine

Origines et évolution historique

La bandoura est l’instrument national ukrainien par excellence, symbole de la fierté cosaque et de la résistance culturelle. Son histoire est indissociable de celle des kobzars, ces musiciens itinérants souvent aveugles qui parcouraient l’Ukraine en chantant des dumy (épopées historiques) et des psalmes, accompagnés de leur instrument.

Les premières représentations iconographiques de la bandoura datent du XVIe siècle, notamment dans des enluminures de manuscrits cosaques. L’instrument descend de la kobza (voir section suivante), dont il est une évolution enrichie. Au XVIIe siècle, les kobzars de l’Hetmanat cosaque (État ukrainien semi-indépendant) se distinguent comme gardiens de la mémoire historique, chantant les batailles contre les Tatars et les Polonais.

La modernisation systématique de la bandoura intervient au XIXe siècle. Des facteurs comme Hryhory Khotkevych (1877-1938) développent des instruments à 20, puis 30, puis jusqu’à 68 cordes, ajoutant des cordes chromatiques en complément des cordes diatoniques. Cette révolution lutherie permet à la bandoura d’accéder au répertoire de concert.

Description lutherie et technique

La bandoura moderne se présente comme une grande caisse ovale ou piriforme, tenue sur les genoux ou suspendue par une courroie. Ses cordes sont de deux types : les bassy (basses), tendues sur le manche court à l’intérieur de la caisse, et les przystrune ou terno (cordes de mélodie), attachées directement sur la table d’harmonie et tendues en éventail vers la droite.

La technique de jeu combine le pincement des cordes avec les doigts de la main droite (mélodie sur les cordes hautes) et l’accompagnement en accords avec les pouces et index gauche (basses). Les kobzars traditionnels utilisaient un jeu plus simple à médiator sur certaines cordes ; les concerts modernes exigent une technique à dix doigts.

Le bois de tilleul ou d’érable est privilégié pour la caisse et la table ; le manche court est souvent en érable massif. Les cordes graves sont en boyau métallique, les aigus en nylon ou métal fin.

Rôle rituel et social

La bandoura était traditionnellement associée aux cérémonies funèbres et aux commémorations. Les kobzars chantaient les dumy lors des repas funéraires (pomynky) et dans les rassemblements de cosaques. Sous l’Empire russe, l’instrument était toléré comme témoignage ethnographique ; sous l’URSS, les kobzars furent en grande partie liquidés lors de famines et répressions des années 1930.

La renaissance de la bandoura après 1991 est spectaculaire : des centaines de cours existent aujourd’hui en Ukraine, des ensembles de banduristes professionnels se produisent en concert, et l’instrument est devenu un symbole particulièrement fort de l’identité nationale dans le contexte du conflit avec la Russie depuis 2014.

Pour en savoir plus sur les compositrices et instrumentistes ukrainiennes qui jouent la bandoura, les compositrices et instrumentistes ukrainiennes offrent un panorama complémentaire des musiciennes slaves.

La kobza : l’ancêtre des kobzars itinérants

Origines turciques et adoption ukrainienne

Le terme kobza dérive probablement du mot turc kopuz, désignant un luth à manche long répandu sur tout l’espace eurasien. L’instrument arrive en Ukraine via les contacts avec les peuples nomades turcophones des steppes, probablement entre le XIIe et le XIVe siècle. Les premières mentions écrites en ukrainien datent du XVIe siècle.

Contrairement à la bandoura qui a connu une modernisation orchestrale au XIXe siècle, la kobza est restée dans une forme relativement archaïque jusqu’à sa quasi-disparition au début du XXe siècle. Sa reconstruction contemporaine s’appuie sur les rares exemplaires conservés dans les musées de Kiev et de Kharkov, ainsi que sur les descriptions de collecteurs ethnographiques du XIXe siècle.

Description et lutherie

La kobza originale est un petit luth à fond plat et caisse courte. Elle compte généralement 8 à 12 cordes, réparties en 4 à 6 rangs doubles. Le manche est court et plat, sans frettes fixées — les kobzars intonaient les notes en appuyant directement sur les cordes contre le manche.

Les kobzas actuelles reconstruites utilisent des bois locaux (érable, cerisier, poirier). La caisse est souvent décorée de marqueteries géométriques évocatrices des broderies ukrainiennes (vyshyvanka). Quelques luthiers ukrainiens contemporains, comme Mykola Budnyk à Kiev, fabriquent artisanalement des kobzas à partir de modèles du XIXe siècle.

La confrérie des kobzars

Les kobzars formaient au XIXe siècle de véritables guildes avec un apprentissage codifié. Un bandouryste débutant (appelé uchyn) passait sept ans auprès d’un maître (vydushchi) avant d’être reconnu comme kobzar indépendant. Cette organisation corporative était aussi un réseau d’entraide pour les musiciens aveugles, souvent exclus des circuits d’emploi ordinaires.

Trembita alphorn ukrainien geant, joueur en costume des Carpates

Ostap Veresai (1803-1890) reste la figure la plus documentée de cette tradition : le compositeur Mikola Lysenko l’a enregistré phonographiquement en 1873, conservant ainsi les premiers témoignages sonores de la kobza ukrainienne.

La trembita des Carpates : voix des hauteurs

Description physique et fabrication

La trembita est une trompette naturelle en bois, l’instrument le plus singulier du patrimoine ukrainien par ses dimensions. Un exemplaire standard mesure entre 2 et 3,5 mètres de longueur ; certains instruments de cérémonie dépassent 4 mètres. Malgré cette taille imposante, la trembita est relativement légère : elle est fabriquée à partir d’un tronc d’épicéa ou de sapin jeune, fendu en deux, évidé à la gouge et réassemblé avec de l’écorce de bouleau enroulée en spirale pour assurer l’étanchéité.

La perce intérieure est conique, ce qui donne à la trembita son son grave et ouvert, différent du cor alpin suisse dont elle est souvent rapprochée. Elle ne possède ni trous, ni pistons, ni clés : seule l’embouchure en bois dur (souvent de cornouiller) et la technique de l’emboucheur contrôlent la hauteur des sons, en produisant des harmoniques naturels de la série de Fourier.

Un joueur expérimenté peut produire entre six et neuf sons distincts sur une même trembita, couvrant un registre d’une douzaine environ. Ces sons sont codifiés : chaque signal a une signification précise dans la communauté hutsoul.

Signaux et rôle social

Dans la tradition hutsoul des Carpates, la trembita est un instrument de communication à longue distance, comparable aux cornets de postillon alpins. Les signaux transmis couvrent les principales situations de la vie villageoise :

  • Mort : un signal long, descendant, joué trois fois — toute la vallée sait qu’un deuil a lieu
  • Mariage : une phrase mélodique joyeuse en montée
  • Rassemblement des troupeaux : un signal répété en rythme régulier
  • Alerte (danger, incendie, approche d’étrangers) : staccatos rapides et aigus

Le joueur de trembita (trembitar) occupe une position sociale particulière dans le village hutsoul : il est à la fois musicien, messager et gardien de la mémoire des signaux. Sa transmission se fait toujours oralement, de trembitar à trembitar.

Usage contemporain

La trembita est aujourd’hui le symbole touristique des Carpates ukrainiennes. Elle figure sur des billets de banque, des timbres et dans les vitrines des offices de tourisme de Kolomyia et Verkhovyna. Les festivals folkloriques hutsouls, notamment le célèbre festival Hutsul’ska Vesilya (mariage hutsoul) à Kosiv, programment systématiquement des tembitary en ouverture des cérémonies.

Des luthiers carpathiens reconstituent des trembitas selon les techniques traditionnelles pour les touristes, mais aussi pour les ensembles folkloriques professionnels. Hnat Hotkevych, le musicologue ukrainien mentionné précédemment, a documenté les techniques de fabrication dans les années 1920 ; ses notes sont aujourd’hui disponibles aux archives nationales de Kiev.

Les tsymbaly : le cymbalum ukrainien

Famille des cordophones frappés

Les tsymbaly appartiennent à la famille des dulcimers à cordes frappées (Hackbrett en allemand, cimbalom en hongrois, ţambal en roumain). Originaires du Proche-Orient médiéval, ces instruments se sont répandus en Europe centrale et orientale entre le XIIIe et le XVIe siècle, vraisemblablement via les routes commerciales des marchands arméniens et juifs.

Pour approfondir la dimension patrimoniale, voir le patrimoine musical immatériel des peuples slaves.

En Ukraine, les tsymbaly s’implantent particulièrement dans les régions de Polésie (nord), de Podillia (centre-ouest) et de Transcarpatie (extrême-ouest). Leur popularité dans les ensembles de danse (kapela) tient à la brillance de leur timbre et à leur capacité à produire des rythmes syncopés qui soutiennent la danse kolomeyka.

Description lutherie

Les tsymbaly ukrainiens sont une cithare trapézoïdale dont la taille varie selon l’usage : les instruments de concert mesurent 90-120 cm de largeur et 50-70 cm de profondeur, tandis que les instruments de campagne (appelés tsymbaly-pidna) sont plus compacts et portatifs.

La table d’harmonie est en épicéa ou en pin. Les cordes de métal sont groupées en rangs (généralement 3 à 5 cordes par note pour les aigus, 2 pour les graves). Le jeu s’effectue avec deux baguettes légères en bois de tilleul ou de bouleau, dont une extrémité est garnie de feutre ou laissée en bois nu selon le timbre recherché — feutre pour un son doux et sourd, bois pour un son métallique percutant.

La gamme de base est diatonique, mais des tsymbaly chromatiques, équipés de pédales ou de leviers de pédalier, ont été développés au XXe siècle pour les orchestres symphoniques ukrainiens.

Rôle dans les ensembles folkloriques

Dans le contexte traditionnel, les tsymbaly font partie intégrante de la troyista muzyka (musique à trois instruments), ensemble de base ukrainien comprenant tsymbaly, violon et sopilka (ou bandoura). Cet ensemble accompagne les danses kolomeyka, arkan (danse hutsoul des guerriers) et hopak.

Dans cet ensemble instrumental, les tsymbaly ukrainiens et la bandoura occupent une place centrale dans les ensembles et fêtes folkloriques ukrainiennes de la région.

La virtuosité attendue d’un tsymbalyste ukrainien inclut les techniques de trémolo (vibration rapide d’une baguette sur une corde), de glissando (baguette glissée sur plusieurs cordes) et de martellement en croix (les deux baguettes en alternance rapide sur des cordes adjacentes).

La lira korbowa : vielle à roue des lirnyks

Un instrument pan-européen ukrainisé

La vielle à roue (hurdy-gurdy) est présente dans toute l’Europe médiévale depuis le XIe siècle. En Ukraine, elle prend le nom de lira korbowa (lira à manivelle) et s’est développée dans une version distincte, avec un cylindre en bois rossiné plutôt que les roues en laiton de la vielle à roue française.

Les lirnyks ukrainiens, musiciens itinérants jouant souvent en tandem avec les kobzars, parcouraient l’Ukraine rurale du XVe au XXe siècle. Comme leurs homologues kobzars, les lirnyks étaient souvent aveugles et organisés en guildes avec un code d’honneur et un argot (lebiïska mova) qui reste partiellement documenté.

Detail du tsymbaly ukrainien, mains de musicien sur les cordes

Description et technique

La lira korbowa ukrainienne a une caisse en forme de guitare allongée (60-80 cm), avec une rosace centrale. Son mécanisme comprend :

  • Le cylindre en bois dur, rossiné, actionné par une manivelle sur le côté droit
  • Les cordes de mélodie (1 à 3 cordes), dont les tangentes (petits morceaux de bois) contrôlent la hauteur des notes via un clavier rudimentaire
  • Les cordes bourdons (2 à 4 cordes), frottées en continu par le cylindre pour produire un bourdon harmonique constant

Ce bourdon continu est la signature sonore de la lira korbowa. Il crée une atmosphère hypnotique, voire mélancolique, qui convient aux psalmes, aux lamentations et aux chants rituels de deuil. Des enregistrements réalisés dans les années 1980 dans la région de Poltava témoignent encore de cette pratique.

Répertoire et renaissance

Le répertoire traditionnel des lirnyks comprenait des psalmes (adaptations de psaumes bibliques), des dumy (épopées), des chansons de carnaval (rizdvyani pisni — chants de Noël) et des complaintes (zhurayky). Ce répertoire était soigneusement gardé au sein des guildes : certains textes étaient secrets, transmis uniquement aux membres initiés.

Depuis les années 2000, plusieurs musiciens ukrainiens ont entrepris la reconstruction de la lira korbowa selon des techniques artisanales proches des modèles conservés dans les musées. Des groupes comme DakhaBrakha et les Dakh Daughters ont intégré la lira dans des arrangements contemporains, contribuant à sa redécouverte par les jeunes générations.

La sopilka : flûte pastorale des steppes

Famille et variantes

La sopilka est la flûte droite la plus répandue en Ukraine. Elle appartient à la grande famille des flûtes à biseau (comme la flûte à bec ou le flageolet), dont le son est produit par une anche d’air frappant le biseau d’une embouchure taillée en angle.

Deux variantes principales existent :

  • La sopilka ukrainienne standard : flûte en bois de sureau, saule ou cerisier, avec 6 trous mélodiques sur le dessus et 1 trou de pouce en dessous. Longueur : 30-45 cm. Gamme : une octave et demie.
  • La dentsivka (variante hutsule) : plus longue (50-70 cm), avec 6 trous et une embouchure légèrement différente. Son timbre est plus grave et moins aigu que la sopilka standard.

Les sopilkas étaient traditionnellement fabriquées par les bergers eux-mêmes : le bois de sureau creusé à la branche, percé à l’aiguille chauffée, taillé avec un couteau de berger. Cette fabrication artisanale directe est à l’opposé de la lutherie professionnelle de la bandoura.

Place dans la culture pastorale

Dans les régions de steppes (Kharkiv, Poltava, Zaporijjia), la sopilka est l’instrument du berger solitaire, joué le soir au retour du troupeau. Son répertoire comprend des pièces instrumentales improvisées (hukannia — cris de chasse), des chansons de printemps (vesnianky) et des berceuses.

Dans les Carpates, la sopilka (sous forme de dentsivka) est intégrée dans les ensembles de village aux côtés de la trembita et du violon. La dentsivka hutsule a un répertoire plus structuré, avec des pièces codifiées par les communautés villageoises.

Comparaisons régionales et transmission

Distribution géographique des instruments

L’Ukraine est un pays aux traditions instrumentales fortement régionalisées. La carte suivante donne une vue d’ensemble :

Région Instruments dominants
Carpates / Hutsoulie Trembita, dentsivka, violon, tsymbaly
Podillia (centre-ouest) Tsymbaly, sopilka, kobza, bandoura
Poltava / Dnipro Bandoura, kobza, sopilka, lira korbowa
Polésie (nord) Tsymbaly, violon, gusla (vièle archaïque)
Zaporijjia / Sud Bandoura cosaque, sopilka, doli (tambour)
Transcarpatie Tsymbaly (cimbalom hongrois), violon, contrebasse

Cette distribution reflète les influences historiques : la Transcarpatie a été sous domination hongroise jusqu’en 1945 (d’où le cimbalom) ; la Hutsoulie a gardé ses traditions carpathiques isolées ; le Dniepr est la zone de la grande tradition cosaque.

État de la transmission au XXIe siècle

Les instruments folkloriques ukrainiens connaissent une renaissance forte depuis 2014, la guerre ayant accentué le besoin d’ancrage identitaire. Les conservatoires de Kiev, Kharkiv et Lviv proposent des cursus de bandoura et de tsymbaly au niveau professionnel. Des associations locales ont réouvert des classes de sopilka dans les villages.

Le mouvement le plus remarquable est la reconstruction de la kobza et de la lira korbowa par de jeunes luthiers et musiciens. Des groupes comme Burdon, Yara et Kurbasy mélangent tradition et rock en utilisant ces instruments archaïques comme fondation sonore.

La diaspora ukrainienne mondiale a joué un rôle décisif dans la préservation de la bandoura, notamment au Canada (Toronto Banduryst Ensemble, fondé en 1949) et aux États-Unis (Ukrainian Bandurist Chorus de Detroit, fondé en 1949 également par des réfugiés des années 1940).

Où entendre et apprendre ces instruments

En Ukraine

Les festivals folkloriques les plus importants pour entendre ces instruments dans leur contexte authentique :

  • Sorochyntsi Fair (Velyki Sorochyntsi, août) : le plus grand marché folklorique ukrainien, avec concerts de bandoura et kobza en extérieur.
  • Gutsul’ska Vesilya (Kosiv, Carpates, juillet) : festival du mariage hutsoul, concerts de trembita, dentsivka et tsymbaly.
  • Kraina Mriy (Kiev, juin) : festival ethnique contemporain mélangeant tradition et nouvelles musiques.
  • Bandura Poltava (Poltava, septembre) : festival dédié à la bandoura dans sa région d’origine cosaque.

En France

La diaspora ukrainienne en France est active dans les villes de Paris, Lyon, Marseille et Strasbourg. Des concerts de bandoura sont régulièrement organisés par l’Association Franco-Ukrainienne (Paris). Les festivals de musiques du monde comme Musiques Métisses (Angoulême) et Womad (Riviera) programment ponctuellement des musiciens ukrainiens.

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Les instruments folkloriques ukrainiens forment un écosystème sonore d’une cohérence étonnante, chaque région ayant développé les outils adaptés à son paysage, son histoire et ses rituels. La bandoura porte la mémoire cosaque, la trembita traverse les vallées carpathiques, les tsymbaly scandent les danses de la plaine. Ensemble, ils constituent l’un des patrimoines instrumentaux les plus vivants et les plus menacés d’Europe orientale — un héritage que la guerre a paradoxalement contribué à mettre au cœur de l’identité nationale ukrainienne contemporaine.