Claire Vasseur, journaliste spécialisée en musiques et traditions culturelles, s’est rendue à Nancy pour rencontrer Mikhail Ossipov, un luthier artisan passionné par les instruments à vent slaves. Mikhail, avec ses 22 ans d’expérience, est une figure clé dans la renaissance de la jaleika et du svirel, instruments emblématiques du folklore slave. Dans cet entretien, il partage ses connaissances sur la fabrication artisanale et la signification culturelle de ces instruments.
Un luthier passionné par les instruments à vent slaves
Claire Vasseur : Mikhail, pourriez-vous vous présenter et nous parler de votre parcours en tant que luthier ?
Mikhail Ossipov : Bien sûr, Claire. Je suis luthier spécialisé dans les instruments à vent slaves depuis plus de 22 ans. J’ai commencé mon apprentissage à Moscou avant de m’installer à Nancy, où j’ai ouvert mon atelier. Mon travail consiste à créer et restaurer des instruments tels que la jaleika, le svirel et la sopilka. Ce qui m’anime, c’est la relation intime que l’on développe avec chaque morceau de bois — le bois vous parle, il faut savoir l’écouter. Chaque instrument que je fabrique a sa propre voix, ce qui rend ce métier si fascinant. À Nancy, j’ai eu l’opportunité de collaborer avec d’autres artisans européens, ce qui m’a permis d’enrichir mes techniques et d’adopter de nouvelles perspectives sur l’artisanat. Mon atelier accueille régulièrement des visiteurs curieux de découvrir le processus de fabrication, et je prends toujours plaisir à expliquer les nuances de chaque étape. Ce partage de connaissances est essentiel pour perpétuer la tradition.
Origines et rôle pastoral de la jaleika
Claire Vasseur : La jaleika est un instrument fascinant. Pouvez-vous nous expliquer ses origines et son rôle dans la culture pastorale ?
Mikhail Ossipov : La jaleika est une clarinette rustique, surtout présente dans les régions rurales de Russie. Elle est souvent utilisée lors des rassemblements pastoraux et des fêtes traditionnelles. Historiquement, elle servait à rassembler le bétail et à accompagner les chants folkloriques. La jaleika se compose généralement d’un tube en bois ou en roseau avec une anche simple, produisant un son riche et vibrant. Sa simplicité la rend accessible, même pour les néophytes, tout en étant profondément ancrée dans le patrimoine culturel slave. En Russie, chaque région a ses propres variations de la jaleika, influencées par le climat et les ressources naturelles disponibles. Dans certaines régions, elle est décorée de motifs traditionnels, chaque instrument devenant une œuvre d’art unique. Pour explorer davantage la diversité des instruments traditionnels dans la culture slave, on peut également se pencher sur la dombra et le kuy kazakh, qui illustre l’héritage musical d’autres peuples de l’ex-URSS. En outre, la jaleika est souvent intégrée dans des ensembles de musique folklorique, où elle joue un rôle central dans la création de l’atmosphère pastorale.
Svirel et sopilka : deux flûtes cousines aux variantes multiples
Claire Vasseur : Le svirel a plusieurs variantes, notamment à tuyaux multiples. Comment ces instruments diffèrent-ils les uns des autres ?
Mikhail Ossipov : Le svirel est une flûte droite qui peut avoir plusieurs tuyaux, généralement deux, ce qui permet de jouer des mélodies plus complexes. Chaque tuyau a sa propre série de trous, permettant une variété de sons. En comparaison, la sopilka est plus proche de la flûte à bec, avec un seul tuyau. Ces instruments sont souvent utilisés pour accompagner les danses et les chants traditionnels, apportant une couleur sonore unique aux ensembles folkloriques. Le svirel, avec ses multiples tuyaux, offre une polyphonie impressionnante qui enrichit les compositions musicales rurales. Dans certains ensembles, le svirel est joué avec d’autres instruments comme le gusli, cithare slave millénaire, qui apportent une dimension harmonique supplémentaire. Les musiciens d’aujourd’hui redécouvrent ces instruments et les intègrent dans des compositions modernes, ce qui témoigne de leur adaptabilité et de leur pertinence continue dans la musique contemporaine. La diversité des variantes du svirel reflète la richesse des traditions musicales locales, chaque région apportant sa touche unique.
La sopilka ukrainienne, cousine du svirel
Claire Vasseur : Parlez-nous un peu de la sopilka ukrainienne. Quelle est sa relation avec le svirel ?
Mikhail Ossipov : La sopilka est effectivement une cousine du svirel, mais elle est plus répandue en Ukraine. C’est une flûte droite en bois, souvent en saule ou en tilleul, avec un son clair et perçant. Contrairement au svirel, elle est généralement plus simple à jouer, ce qui la rend populaire parmi les jeunes musiciens. La sopilka est un pilier de la musique ukrainienne, participant aux célébrations et rituels traditionnels. Elle partage des similitudes avec le svirel, mais sa construction et son timbre distincts reflètent les particularités culturelles de chaque région. En Ukraine, la sopilka est souvent jouée lors des fêtes de village et des mariages, où elle accompagne des danses entraînantes et des chants joyeux. Pour découvrir plus sur les instruments similaires, je vous recommande de consulter les instruments folkloriques ukrainiens, qui offre une perspective sur la richesse musicale de cette région. La sopilka, avec sa sonorité vive, est également intégrée dans des projets musicaux modernes, montrant sa capacité à traverser les époques sans perdre son essence.
Les étapes de fabrication artisanale d’une jaleika

Claire Vasseur : Pourriez-vous détailler les étapes de fabrication artisanale d’une jaleika ?
Mikhail Ossipov : Bien entendu. La fabrication d’une jaleika commence par le choix du bois, souvent du saule ou du tilleul, pour sa légèreté et sa résonance. Ensuite, le bois est sculpté pour former le corps de l’instrument, avec des trous percés avec précision pour garantir une justesse parfaite. L’anche est ensuite fabriquée à partir de roseau, ajustée pour produire le son souhaité. Chaque étape nécessite une attention méticuleuse — c’est un geste qui se transmet de génération en génération. C’est un processus qui peut prendre plusieurs semaines, mais qui est indispensable pour donner vie à un instrument capable de raconter une histoire à travers sa musique. À chaque étape, le luthier doit être en symbiose avec le matériau, respectant les propriétés acoustiques naturelles du bois. Cette approche artisanale est essentielle pour préserver l’authenticité sonore de l’instrument. Les méthodes traditionnelles de fabrication manuelle contrastent avec les techniques industrielles modernes, mais elles restent inégalées en termes de qualité sonore et d’expression musicale. La patience et la précision sont les maîtres mots pour réussir la création de ces instruments uniques.
À retenir : la fabrication d’une jaleika suit un ordre précis — choix du bois, sculpture du corps, perçage des trous à l’oreille, puis taille de l’anche en roseau. Chaque étape conditionne la justesse et le timbre final de l’instrument.
| Étape | Matériau utilisé | Point d’attention du luthier |
|---|---|---|
| Choix du bois | Saule ou tilleul | Légèreté et résonance naturelle |
| Sculpture du corps | Bois massif | Épaisseur régulière des parois |
| Perçage des trous | — | Justesse ajustée à l’oreille |
| Taille de l’anche | Roseau | Souplesse et vibration contrôlée |
Le choix des bois et des matériaux
Claire Vasseur : Quels bois et matériaux privilégiez-vous pour ces instruments et pourquoi ?
Mikhail Ossipov : Le choix des matériaux est crucial. Pour la jaleika et le svirel, j’utilise principalement du saule, du tilleul et parfois du bouleau. Ces bois sont non seulement disponibles localement, mais ils offrent également une résonance et une légèreté idéales pour les instruments à vent. Le roseau est utilisé pour les anches en raison de sa souplesse et de sa capacité à vibrer à différentes fréquences. Chaque morceau de bois est unique et doit être choisi avec soin pour assurer que l’instrument final ait une sonorité authentique et vivante. La connaissance des propriétés acoustiques de chaque type de bois est essentielle pour le luthier. Par exemple, le tilleul est apprécié pour sa douceur et sa capacité à produire des sons clairs, tandis que le saule est souvent choisi pour sa flexibilité et son ton chaleureux. Ce savoir-faire ancestral, transmis de maître à apprenti, est ce qui permet de créer des instruments à la fois robustes et délicats, capables de transmettre les émotions profondes de la musique slave. Cette transmission du savoir est une richesse inestimable pour l’artisanat musical.
La transmission du savoir-faire de génération en génération
Claire Vasseur : Comment se transmet le savoir-faire de luthier de génération en génération ?
Mikhail Ossipov : La transmission du savoir-faire est essentielle dans notre métier. C’est un apprentissage qui combine théorie et beaucoup de pratique sous la supervision d’un maître luthier. Cette tradition se perpétue souvent au sein des familles ou par des ateliers spécialisés. Personnellement, j’accueille régulièrement des apprentis dans mon atelier pour leur enseigner les techniques de fabrication et d’entretien des instruments. On apprend à écouter le bois, à respecter le matériau, car chaque pièce a son histoire à raconter. C’est une passion que je suis fier de partager et de voir évoluer avec les nouvelles générations. La formation d’un luthier peut durer plusieurs années, chaque étape de la fabrication nécessitant une maîtrise parfaite des outils et des matériaux. Cette approche artisanale contraste avec la production industrielle, car chaque instrument est unique et porte l’empreinte de son créateur. Pour en savoir plus sur l’évolution des instruments slaves, vous pouvez lire sur le gusli, cithare slave millénaire. L’échange intergénérationnel est fondamental pour préserver la richesse et la diversité de ces traditions musicales.
Le rôle des instruments à vent dans le folklore rural actuel

Claire Vasseur : Quel rôle jouent ces instruments dans le folklore rural aujourd’hui ?
Mikhail Ossipov : Les instruments comme la jaleika et le svirel sont au cœur du folklore rural. Ils accompagnent les danses, les chants et les cérémonies traditionnelles. Leur son distinctif évoque l’histoire et les coutumes des villages slaves. Dans de nombreuses régions, ils sont encore utilisés lors des fêtes saisonnières et des mariages, apportant une atmosphère authentique et festive. Ils sont également une source d’inspiration pour les compositeurs contemporains qui cherchent à intégrer des éléments traditionnels dans leurs œuvres. L’impact de ces instruments va au-delà de la simple musique — ils servent de lien entre les générations, transmettant des histoires et des mythes anciens à travers leur sonorité. De plus en plus d’artistes modernes s’inspirent de ces sons traditionnels pour créer de nouvelles compositions, mélangeant les genres et élargissant l’audience de la musique folklorique slave. Pour ceux intéressés par la culture slave en France, je recommande de consulter la culture et les traditions russes en France, qui offre une vision enrichissante sur l’héritage culturel russe. Ces instruments continuent de jouer un rôle central dans la préservation et la diffusion des traditions culturelles.
Un regain d’intérêt et une renaissance contemporaine
Claire Vasseur : On observe un regain d’intérêt pour ces instruments. À quoi attribuez-vous cette renaissance ?
Mikhail Ossipov : Ce renouveau s’explique par un désir croissant de retour aux sources et une valorisation des traditions. De plus en plus de jeunes musiciens cherchent à explorer leurs racines culturelles à travers ces instruments. Des festivals et des ateliers dédiés à la musique traditionnelle se multiplient, suscitant l’intérêt d’un public plus large. Les instruments à vent slaves bénéficient d’une visibilité accrue grâce aux nouvelles technologies et à l’internet, permettant une diffusion plus large. C’est une belle époque pour être luthier et voir ces instruments reprendre vie dans la scène musicale contemporaine. La collaboration entre musiciens traditionnels et modernes crée des opportunités uniques pour réinterpréter ces anciens sons dans un contexte moderne. En outre, les plateformes de partage de musique en ligne permettent à ces instruments de franchir les frontières culturelles, touchant un public mondial curieux d’explorer des sonorités nouvelles. Pour ceux qui souhaitent approfondir cet intérêt, un retour aux sources peut être trouvé à travers des ressources comme la balalaika et ses luthiers, qui explore d’autres aspects de la musique slave. Ce renouveau est un témoignage de l’impact durable de ces traditions musicales sur la scène mondiale.
Cinq questions rapides — vrai ou faux
Claire Vasseur : 5 questions rapides — vrai/faux :
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La jaleika est un instrument à anche simple. Mikhail Ossipov : Vrai. C’est ce qui lui donne son son distinctif.
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Le svirel est plus complexe à jouer que la sopilka. Mikhail Ossipov : Vrai. Le svirel a souvent plusieurs tuyaux, ce qui nécessite plus de maîtrise.
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Le tilleul est le bois le plus utilisé pour fabriquer des anches. Mikhail Ossipov : Faux. Les anches sont généralement faites de roseau.
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Les instruments à vent slaves sont principalement utilisés en musique classique. Mikhail Ossipov : Faux. Ils sont surtout présents dans la musique folklorique.
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Il y a peu d’intérêt pour ces instruments en dehors de l’Europe de l’Est. Mikhail Ossipov : Faux. L’intérêt est mondial, notamment dans les cercles de musique traditionnelle.
Conseils pour se lancer dans la fabrication ou l’apprentissage
Claire Vasseur : Pour conclure, quels conseils donneriez-vous à ceux qui souhaitent se lancer dans la fabrication ou l’apprentissage de ces instruments ?
Mikhail Ossipov :
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Commencez par comprendre le bois : Apprenez à choisir et à travailler le bon bois. Chaque essence a ses particularités et son potentiel sonore.
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Pratiquez régulièrement : La fabrication et le jeu d’un instrument nécessitent patience et persévérance. Plus vous vous entraînez, plus vous développerez une sensibilité au matériau.
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Immergez-vous dans la culture : Écoutez beaucoup de musique traditionnelle et participez à des ateliers pour vraiment saisir l’esprit de ces instruments.
Conseil de luthier : ne cherchez jamais à imposer un son au bois — c’est le matériau qui dicte, par sa densité et sa fibre, le timbre que l’instrument pourra donner. La patience prime toujours sur la rapidité d’exécution.
| Instrument | Origine | Nombre de tuyaux |
|---|---|---|
| Jaleika | Russie | 1 (anche simple) |
| Svirel | Russie | 2 (généralement) |
| Sopilka | Ukraine | 1 |
Merci à Mikhail Ossipov pour cet échange enrichissant. Pour plus d’informations sur la culture slave et les instruments traditionnels, pensez à explorer la culture et les traditions russes en France, qui offre une lumière sur l’héritage culturel russe en dehors de ses frontières.