
En Italie du Nord, on l'appelle, "firlinfeu",
dans les Pyrénées, "chiulet à crabe", en Roumanie "naï", en
Chine, "p ' ia, siao", en Russie , "kouvikli", en Equateur, "rondador",
au Pérou, "antara", en Bolivie, "chiriwanos", ou "siku", ou
encore "jula-jula", et en France, plus exactement en Provence,
elle se dénomme "Frestèu".
Cette flûte de pan (syrinx), instrument typiquement pastoral,
est tombée dans
l'oubli et rares sont les musiciens qui en jouent, ne serait ce que de temps
en temps, seul M. André Gabriel, depuis longtemps, (écoutons les musiciens de
Provence) le présente, l'interprète et ne manque pas de le mettre en valeur à toute
occasion. Pourtant, elle est citée régulièrement dans tous les ouvrages concernant
la musique en France et on retrouve des traces de cet instrument depuis la préhistoire,
en passant par le moyen-âge, la renaissance et jusqu'à nos jours. Il est grand
temps de redorer le blason et de faire apprécier les sonorités du frestèu, qui
mérite sa place auprès des autres instruments qui composent les ensembles de
musiques traditionnelles.
A travers cette flûte, c'est la flore méditerranéenne qui se trouve aussi mise
en valeur. La canne provençale (Arundo donax) avec laquelle on la confectionne,
pousse non seulement en Provence mais aussi sur tout le pourtour méditerranéen
(quand je pense qu'on en fait que des canisses, ça me fend le cœur !) et bien
sûr, sur les côtes grecques. La Grèce dont la mythologie nous rappelle la métamorphose
de la belle nymphe Syrinx en rameaux de roseau, afin d'échapper au Dieu PAN,
franchement moche, mais amoureux transi qui, pour se consoler se fabriqua la
première flûte poly calame avec les dit tronçons de canne. Pour ce qui est de
son accordage, c'est tout simplement une flûte diatonique, mais qui peut, dans
son interprétation, devenir chromatique, puisque les notes altérées sont techniquement
réalisables.
L'originalité repose aussi dans sa facture ; en effet, les tubes ne sont pas
toujours assemblés à l'aide d'une ossature rigide (tronçon de roseau ou de bois)
associée à une ligature en cordage, laine, ou autres. Les bergers, ou chevriers,
enserraient et cousaient les tubes dans une peau de cabris. Cette technique,
qui est à ce jour, unique au monde, donne à cette flûte de pan un aspect très
rustique et n'enlève rien à la sonorité des tuyaux, par contre demande beaucoup
d'application dans la réalisation des coutures. Tout comme les tambourinaires
provençaux, avec leur galoubet-tambourin, le musicien peut tenir le frestèu d'une
main, et de l'autre s'accompagner avec une percussion.
Le frestèu n'a pas un répertoire musical spécifique, les bergers et autres musiciens
jouant les airs du temps et de leurs temps, ou de leurs époques, si l'on veut.