
Parmi
les nombreux instruments de musique couramment utilisés
dans les régions
des Andes, le CHARANGO occupe une place d'intérêt
particulier. Fruit de la symbiose d'éléments musicaux
indigènes et européens, cet instrument, natif de
la culture andine, est une adaptation de l'antique VIHUELA DE
MANO, cordophone à 4 ou 5 rangs de cordes doublées,
introduite en Amérique durant la conquête et qui, à cette époque
(XVIè S.), était à son apogée en
Espagne.
La taille réduite du Charango, comme sa sonorité aiguë,
son des produits de l'esthétique andine traditionnelle.
Il représente ainsi une combinaison de deux cultures et
illustre une caractéristique du monde andin qui assimile
souvent une forme européenne en l'adaptant à sa
propre sensibilité.
Le premier document à mettre
en évidence l'existence du charango remonte à la
fin du XVIIè S. Il s'agit de représentation d'art
colonial où apparaissent des sirènes qui jouent
de cet instrument.
Le berceau du Charango se situerait très
vraisemblablement dans le département de Potosi , le lieu
même qui attira tant et tant d'étrangers pour son
Cerro Rico.
L'aire de dispersion traditionnelle du charango englobe
le centre et le sud du Pérou, la Bolivie, le nord du Chili
et le nord-ouest de l'Argentine.
Sur l'origine du nom Charango,
il existe plusieurs hypothèses et celle du Maître
Florindo Alvis semble la plus proche de la réalité culturelle
et linguistique quechua : " ... le mot vient de la façon
de gratter l'instrument, les doigts légèrement
entrouverts, ce qui était déjà la position
de la main du joueur de vihuela. Cette façon de jouer
s'appelle en quechua ch'aray et de quelqu'un qui gratte bien
son instrument, on dit avec admiration: "sumaj ch'ajranku".
L'indien ne prononce pas "charango", mais " ch'ajranku,
et charango n'en serait qu'une déformation.
Chaque village
et contrée, les fabricants et les artistes lui ont donné un
caractère spécifique, laissant libre cours à l'expression
de chacun, d'où sa richesse musicale et esthétique
peu commune .
Outre son utilisation en accompagnement (rasgueo) ou en soliste
(punteo), faisant appel à une certaine
virtuosité, son interprétation va même jusqu'à allier
rythmique et mélodie, ( kjalampeo).
Les différentes
tailles, factures, variantes d'encordage (cordes acier , nylon
, boyau) et d'accordages (temples: natural, maolin, kimsa, pascua,
secundo, etc) ne font qu'augmenter son potentiel musical. Le
CHARANGO a été construit et façonné avec
et par le temps, selon les besoins et les goûts du peuple,
et donc a pris différents aspects esthétiques
et sonores au gré des aspirations musicales, artistiques,
et des matériaux utilisables etc ...

Aujourd'hui, de cette immense richesse et variétés
de charangos et en prenant soin de les étudier, manipuler
et observer, on peut en tirer quelques généralités,
aussi bien au niveau de la facture (lutherie), que de l'esthétique,
que de l'accordage et de l ' encordage. Toutes ces données
ne peuvent être dissociées les unes des autres pour
la réalisation d'un instrument de caractère représentatif
et fiable. Ces grandes lignes, même très schématiques
doivent être prises en compte, car selon la destination
musicale finale, l'instrument sera conçu et élaboré différemment
(par exemple, un charango prévu "diablo " supportera
mal la tension de cordes nylon , alors qu'il est censé recevoir
des cordes métal selon un accordage bien précis).
Conscient et respectueux de ces impératifs et de tout
ces paramètres, voici quelques conseils, options, relevés,
qui pourrait guider un amateur, un simple curieux voire un amoureux
du charango dans son approche de la fabrication de ce remarquable
et sympathique instrument populaire Bolivien.